Qu’est-ce qu’un psychotraumatisme, ou Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) ?
Un TSPT peut survenir suite à l’exposition à des événements traumatisants, dont la gravité perçue est extrêmement élevée, menaçant l’intégrité physique de la personne ou d’autrui. Ces événements sont d’autant plus marquants qu’ils se déroulent sans qu’une protection extérieure soit assurée, affectant ainsi les dimensions morales (valeurs, croyances, identité, intentions), comportementales, relationnelles et corporelles.
Selon le DSM-V, il est établi que l’événement stressant doit impliquer une expérience de mort (réelle ou menaçante) ou de blessures graves. Cependant, d’autres chercheurs ainsi que l’expérience clinique préconisent une définition plus large qui inclut également des événements non catastrophiques.
Les événements traumatiques vécus directement incluent les conflits militaires, les agressions personnelles violentes (viol, agression sexuelle, attaque physique, braquage, enlèvement, prise d’otages, etc.), les catastrophes naturelles, les accidents de voiture graves, ou encore l’annonce d’un diagnostic de maladie mettant la vie en danger.
Les événements traumatiques vécus en tant que témoin concernent l’observation d’une personne grièvement blessée ou mourant de manière violente. Cette catégorie englobe également les intervenants de première ligne, lorsqu’ils sont exposés de manière répétée ou extrême aux caractéristiques aversives des événements traumatiques.
Les principaux troubles du stress post-traumatique
Les manifestations du TSPT se divisent principalement en trois catégories : intrusion, évitement et hypervigilance.
Intrusion :
- Les flashbacks : La personne revit de manière récurrente et intrusive les souvenirs de l’événement traumatisant, souvent accompagnés d’états dissociatifs où elle se comporte comme si elle était en train de revivre l’événement, parfois pendant quelques secondes ou plusieurs heures, voire jours.
- Les cauchemars : Les souvenirs reviennent pendant le sommeil, créant une impression vive de revivre l’expérience.
- L’obnubilation : La personne se retrouve dans un état de confusion ou d’étourdissement, souvent après des réminiscences traumatiques, entraînant une diminution de la réactivité envers le monde extérieur, connue sous le nom de « paralysie psychique » ou « anesthésie émotionnelle ». Cela se traduit par une perte d’intérêt pour des activités autrefois plaisantes, une difficulté à éprouver des émotions, et une vision pessimiste de l’avenir.
Évitement : La personne s’efforce délibérément d’éviter toute pensée, sentiment, conversation, lieu, sensation, couleur ou évocation ayant un lien, direct ou symbolique, avec l’expérience traumatique.
Hypervigilance : La personne présente de l’insomnie, de l’irritabilité, de l’anxiété, de l’agressivité, une vigilance extrême vis-à-vis du monde extérieur et une tension généralisée. Un intense malaise psychologique ou une réactivité physiologique surviennent souvent lorsqu’elle est confrontée à des événements ressemblant ou symbolisant un aspect de l’événement traumatique (date anniversaire, lieu, sensation, etc.).
On observe parfois chez la personne atteinte de TSPT une recherche de « soulagement » à travers l’abus d’alcool, de drogues, de médicaments psychotropes, ou encore des comportements autodestructeurs tels que la scarification ou les conduites mettant la vie en danger. Bien que ces comportements puissent procurer un apaisement momentané, ils aggravent en réalité le problème à long terme.
Un fort sentiment de culpabilité, souvent exagéré ou incohérent par rapport aux faits, peut également émerger, la personne s’interrogeant sur ce qu’elle aurait dû faire ou sur sa manière de réagir lors de l’événement.
La dissociation :
La dissociation est une réponse naturelle du corps face à un stress extrême, une réaction biologique visant à protéger le cerveau. Lorsque l’on se trouve dans une situation de danger jugé insurmontable, le cerveau, par un mécanisme de survie, induit un état dissociatif qui peut se manifester de deux façons principales :
- La dépersonnalisation : Une expérience persistante ou récurrente où l’on se sent détaché de soi-même, comme si l’on était un observateur extérieur de ses processus mentaux ou de son corps, par exemple, comme si l’on vivait un rêve ou ressentait un ralentissement du temps.
- La déréalisation : Une expérience persistante ou récurrente où l’environnement semble irréel, onirique, distant ou déformé.
Les causes de la dissociation :
Le processus de dissociation résulte de l’activation prolongée de l’amygdale, une région du cerveau impliquée dans la réponse au stress. Face à un danger perçu comme extrême, l’amygdale libère des hormones telles que l’adrénaline et le cortisol. Lorsque ce stress devient insurmontable, le cerveau contrebalance cette réaction en libérant des endorphines et de la kétamine, induisant un état de sidération et donc de dissociation.
Les conséquences de cet état de dissociation incluent :
- Une incapacité à créer un souvenir cohérent de l’événement.
- Une simplification excessive des stimuli liés au traumatisme, ce qui peut entraîner des peurs généralisées (par exemple, peur des chiens après une attaque).
- Une propension accrue à entrer en état de dissociation face à des dangers réels ou imaginés, aggravant les symptômes au fil du temps.
- L’effet « addictif » des endorphines et de la kétamine, pouvant inciter le cerveau à rechercher inconsciemment cet état.
Les réponses au stress :
Face au danger, plusieurs réponses naturelles se manifestent :
- L’évitement : Fuir pour se mettre à l’abri, une réaction simple et efficace.
- L’affrontement : Combattre le danger, ce qui peut parfois être nécessaire pour assurer sa sécurité.
- L’immobilisation : Ne plus bouger pour passer inaperçu, une technique observée chez certains animaux, comme l’opossum.
- La soumission : Se conformer aux exigences de l’agresseur, une réponse vitale pour survivre dans certaines situations, mais qui peut engendrer un fort sentiment de culpabilité par la suite.
Les phases du stress prolongé :
Lorsqu’un stimulus stressant persiste, l’organisme traverse trois phases principales :
- Phase 1 : La réaction d’alarme Le corps mobilise ses capacités d’adaptation en libérant des catécholamines, entraînant une augmentation de la fréquence cardiaque, de la tension artérielle et de la température corporelle pour préparer le corps à l’action.
- Phase 2 : La résistance Un second axe neuro-hormonal est activé, sécrétant des glucocorticoïdes qui augmentent le taux de sucre dans le sang pour fournir l’énergie nécessaire au cerveau, au cœur et aux muscles.
- Phase 3 : L’épuisement Si l’exposition au stress se prolonge, la résistance du corps diminue jusqu’à l’épuisement, entraînant un stress chronique. Le corps, débordé, continue à produire des hormones, ce qui peut mener à des troubles graves.
Lorsqu’un événement traumatisant est trop intense, l’amygdale entre dans une suractivité, libérant des hormones en continu, ce qui conduit à un état de dissociation.
Le modèle CRAI pour comprendre le psychotraumatisme :
Le modèle CRAI, conceptualisé par Philippe Aïm, est une simplification de la psyché humaine en relation avec le traumatisme, utile pour comprendre où se situe le traumatisme afin de le traiter efficacement. CRAI signifie Corps, Relation, Action, Intention, désignant les quatre strates du développement psychique.
- Le corps : À la naissance, le nourrisson n’est qu’un corps soumis à ses besoins immédiats, sans conscience de soi. Ce n’est qu’une fois ces besoins corporels satisfaits qu’il peut évoluer et explorer le monde.
- La relation : L’enfant entre ensuite en interaction avec son environnement. Si ces relations sont sécurisées, il développe la confiance nécessaire pour explorer le monde ; sinon, des incertitudes et des angoisses peuvent émerger.
- L’action : L’enfant expérimente le monde à travers le jeu et l’action, apprenant ainsi les règles qui régissent son environnement.
- L’intention : En mettant en jeu ses intentions, l’enfant forge sa personnalité et ses valeurs, qui guideront ses actions futures.
Lorsqu’un traumatisme survient, il attaque ces strates dans l’ordre inverse : d’abord l’intention, puis l’action, la relation, et enfin le corps. Plus la descente dans ces strates est profonde, plus le traumatisme est grave.
En conclusion, le modèle CRAI offre une méthode pratique pour évaluer la gravité d’un traumatisme en observant la profondeur de l’atteinte sur les différentes strates de la psyché.
Dans le cadre du psychotraumatisme, ce modèle offre une approche pratique pour évaluer la gravité du traumatisme. Comment, en effet, évaluer correctement un traumatisme ? Doit-on adopter une perspective juridique, en se fondant sur les faits et les circonstances aggravantes, ou bien considérer la multiplicité des symptômes visibles et ostentatoires ? Ou encore, s’appuyer sur l’appréciation d’autrui ? Ce modèle a au moins l’avantage d’être fonctionnel, permettant de suivre la progression à travers les quatre niveaux.
Le premier niveau concerne les intentions :
1er niveau : Les valeurs et l’identité sont les premières à être attaquées. Prenons l’exemple, malheureusement courant, d’une jeune femme qui décide de participer à une soirée d’entreprise. Le lendemain, son supérieur lui fait remarquer que, puisqu’elle portait une jupe, avait consommé de l’alcool et dansait avec tout le monde, cela signifiait qu’elle désirait « plus ». Ici, la jeune femme est attaquée dans ce qu’elle est, dans son identité et ses valeurs. À ce stade, il est encore possible de surmonter cette attaque, notamment si elle réaffirme fermement que son identité ne se réduit ni à une jupe, ni à un comportement festif. Participer à une soirée ne devrait en aucun cas remettre en cause le respect qui lui est dû de la part de ses collègues ou de son supérieur. Par exemple, elle pourrait répondre : « Ce n’est pas parce que je porte une jupe que tu peux te permettre quoi que ce soit ». En se raccrochant à ses valeurs, elle empêche l’événement de descendre dans les autres strates du traumatisme, le reléguant ainsi au rang de très « mauvais souvenir », un niveau léger du traumatisme.
2e niveau : Ici, l’attaque porte sur les actions. Il n’est pas rare d’entendre dire : « Je n’ai rien pu faire… / je n’ai pas su réagir… ». Subir une agression avec menace, sans possibilité de fuite, où l’on est empêché d’agir, est bien plus traumatisant qu’un événement où une réaction est possible. L’action permet de rebondir et de « sortir » du chemin du traumatisme. Par exemple, sur les lieux d’un accident, les personnes qui appellent les secours ont beaucoup moins de chances d’être traumatisées, tandis que celles restées impuissantes peuvent voir leur situation se compliquer par la suite.
3e niveau : Lorsque l’événement a atteint nos valeurs et que nous n’avons pu agir, nous nous tournons vers nos relations pour trouver du réconfort : « Je n’ai rien pu faire, mais on m’a aidé, soutenu, secouru. » Le recours aux relations extérieures peut se faire de manière concomitante ou postérieure à l’événement traumatique. Ces personnes peuvent être des proches, des professionnels de santé, des forces de l’ordre, ou même un passant dans la rue. Toutefois, il peut arriver qu’un tiers sécurisant fasse défaut. Prenons l’exemple d’un motard gravement blessé après un accident, incapable de bouger, qui entend les ambulanciers, le croyant inconscient, dire : « Celui-là, il ne va pas s’en sortir ». Bien qu’il entende ces paroles, cela peut être extrêmement traumatisant. Il en va de même dans les cas d’abus familiaux et d’inceste, où les parents, censés être des tiers sécurisants, peuvent devenir défaillants. Si l’un des parents est un abuseur, le tiers sécurisant initial est compromis, mais il peut encore y avoir recours à un second tiers sécurisant, offrant une chance de rebondir. Par exemple, une jeune fille abusée par son père pourrait se confier à sa mère : « Maman, papa me touche la nuit dans mon lit ». Si la mère réagit de manière protectrice, cela pourrait empêcher l’aggravation du traumatisme vers le quatrième niveau, qui concerne le corps.
4e niveau : Lorsque tous les appels aux tiers sécurisants échouent, avec des réponses telles que « Tais-toi ! Il ne faut pas en parler ! / Tu mens / Es-tu sûre de ne pas l’avoir provoqué ? », ces réactions, malheureusement courantes, entraînent une réorganisation traumatique de la personnalité. La personne se retrouve dans un « monde traumatique » permanent, où il devient impossible de distinguer ce qui relève de la violence relationnelle. Elle est perpétuellement dans des relations insécurisées, incapable de réagir aux violences. Le traumatisme s’ancre alors dans le corps, avec l’apparition de troubles fonctionnels comme la somatisation, les troubles sexuels, les troubles du comportement alimentaire, ou encore des comportements auto-agressifs tels que les scarifications.
En ce qui concerne la thérapie, plusieurs approches existent, telles que les thérapies cognitivo-comportementales, les mouvements oculaires comme l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) ou l’IMO (Intégration par les Mouvements Oculaires) que je pratique, ainsi que l’hypnose.
Comment se déroule une séance ? En général, un protocole de huit séances est préconisé pour les « traumatismes simples » et de quinze séances pour les « traumatismes complexes ». Cependant, ce protocole n’est pas figé et peut varier en fonction du niveau de sécurité ressenti et de la confiance envers le thérapeute. Au cours de ces séances, le patient choisira des mots ou phrases clés, représentatifs du traumatisme, selon le niveau où il se situe (intention, identité, relation, corps). Ces mots seront répétés par le thérapeute pendant les mouvements oculaires, où le patient fixera un objet ou les doigts du thérapeute. Ces mouvements, qui peuvent durer entre 10 et 40 minutes par session, induisent un état de conscience modifié, proche de l’hypnose. Cela permet au souvenir traumatique d’être « retraité », de perdre sa charge traumatique et de redevenir un simple mauvais souvenir. Il est important de noter que le souvenir traumatique ne sera jamais totalement effacé, mais il est possible qu’il devienne moins présent dans la vie quotidienne.
Pour une séance d’IMO, il est conseillé de venir accompagné, car la fatigue est souvent intense après une séance. Il peut être utile d’avoir quelqu’un pour veiller sur vous le soir et le lendemain, car les 24 à 48 heures suivant une séance peuvent être difficiles, avant que les effets bénéfiques ne se manifestent.
Mouchel Edouard Psychothérapeute
Pour en savoir plus côté patient, je vous recommande les livres :
« Le trauma: comment s’en sortir ? » de Coraline Hingray et Wissam El-Hage
« Le Corps n oublie rien: Le cerveau l esprit et le corps dans la guérison du traumatisme » Livre de Bassel Van der Kolk


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