
Les crises d’angoisse ou attaques de panique pour le terme médical sont un phénomène assez courant. Celles-ci sont fréquentes et ne touchent pas moins de 11% de la population au cours d’une année (1). La plupart des patients guérissent sans traitement ; certains peuvent développer un trouble panique. Potentiellement chaque être humain en fera au moins une dans sa vie. C’est une manifestation qui peut être troublante quand elle arrive mais sans conséquence sur le plan physique et psychologique. L’attaque de panique survient lorsque la personne est devant un danger réel « extrême » ou celle-ci peut être provoquée par une pensée qui va venir induire un sentiment de peur énorme.
Lorsque cela n’arrive qu’une seule fois, la personne concernée va reprendre le cours de sa vie habituelle, se dire que c’était un épisode un peu bizarre et continuer son chemin. En revanche il se peut que lors de l’attaque de panique, le sentiment de peur laisse une sorte de marque indélébile dans l’esprit de la personne, une sorte d’impression qui ne peut plus s’effacer, et cela peut devenir problématique. La personne peut commencer à se poser de nombreuses questions et surtout la plus impactante « et si jamais ça recommence ? ». Cette question est problématique, car la personne va commencer à avoir peur d’avoir peur… et c’est là qu’un cycle de pensées catastrophistes peuvent finir par déclencher d’autres crises. C’est ce qu’on appelle un « trouble panique ». Le trouble panique touche 2 à 3% de la population sur une période de 12 mois (2). Il apparaît habituellement à la fin e l’adolescence ou chez le jeune adulte et touche environ 2 fois plus les femmes que les hommes.
Les symptômes physiques de l’attaque de panique peuvent être : douleur ou gêne thoracique, sensation de vertige, d’instabilité ou d’évanouissement, impression d’étouffement, bouffées de chaleur ou frissons, nausées ou douleurs abdominales, paresthésies ou sensations de picotement, palpitations ou fréquence cardiaque accélérée, sensations de dyspnée ou d’étouffement, sueurs, tremblements…
Les signes psychiques de l’attaque de panique sont les suivants : peur intense – pensées catastrophistes (peur de devenir fou, de s’évanouir, peur de mourir – peur de perdre le contrôle) – possibles symptômes dissociatifs : dépersonnalisation (sensation être détaché de soi) /déréalisation (monde autour irréel)…
Premières choses à savoir concernant une attaque de panique :
-on n’en meurt pas
-l’anxiété a un seuil maximum d’intensité non dépassable
-elle finit toujours par diminuer quoi qu’il arrive
-elle est suivie ensuite de fatigue intense

Que faire devant une attaque de panique ?
Pour le côté physique : lors de l’attaque de panique la respiration est très rapide ce qui fait que le cœur bat plus vite, ce qui accélère la respiration, la qualité en oxygène diminue, le cerveau est moins oxygéné et donc il panique, ce qui augmente la respiration et crée un cercle vicieux. Pour essayer de couper ce cercle vicieux, il faut prendre de grandes inspirations et expirations de 4-5 secondes. Les inspirations profondes ont un effet calmant sur le système nerveux parasympathique.
Pour le côté psychologique, il faut arrêter les pensées qui entrainent l’attaque de panique, un petit exercice peut vous aider : « Tu as 5 sens et 5 doigts, tu prends ton pouce et tu trouves 5 objets que tu peux voir, index et 4 choses que tu peux toucher, majeur 3 choses que tu peux sentir, annulaire 2 choses que tu peux entendre, auriculaire 1 chose que tu peux goûter. Et tu le dis à l’oral » je prends mon pouce et je peux voir, [truc1],… [truc 5] » et tu continues. Et tu recommence au besoin. »
Ces exercices de « relaxation » ne vont pas venir arrêter le trouble panique, ils sont là pour diminuer la durée de l’attaque de panique. Si au lieu d’avoir une crise de 30 minutes, cela devient une crise de 20, 15, 5 etc minutes c’est déjà une réussite.
Si jamais on est accompagné pendant une crise, la personne va pouvoir nous poser des questions pour nous ramener sur le présent, du type « Quel est ton prénom? Tu as quel âge? De quelle couleur est le camion en face? De quelle couleur est la poubelle? De quelle matière est fait ton pull? Est ce qu’il est doux ?etc. » Ces questions peuvent aider à sortir des ressentis qui assaillent et des pensées catastrophistes. Bien entendu cela ne va pas résoudre le trouble panique mais encore une fois, ici ce n’est pas le but, le but c’est d’éventuellement réduire la crise.
Le traitement
Il peut y avoir la solution d’un traitement médicamenteux, il faudra donc consulter son médecin généraliste ou un psychiatre de préférence. Le traitement pharmacologique va venir « contrôler » les symptômes, et si des comportements d’évitement ne sont pas développés, cela peut être amplement suffisant.
En ce qui concerne la psychothérapie, les patients peuvent avoir leur propre cycle de pensées particulier mais dysfonctionnel qui peut induire une anxiété et/ou une panique. Par exemple, une personne peut présenter une crainte de base d’avoir une crise cardiaque, et ensuite passer un temps excessif à observer leur corps à la recherche de signes d’une crise cardiaque. S’ils ressentent un pincement au niveau du thorax, ils peuvent alors entrer dans un cycle qui les conduit rapidement à une croyance erronée selon laquelle ils sont sur le point de mourir, ce qui peut créer une attaque de panique. La thérapie consiste à clarifier ces cycles, puis à enseigner aux patients à reconnaître et à contrôler leurs fausses croyances, les conduites d’évitement qu’ils ont mis en place etc. Ils sont alors plus à même de modifier leur comportement afin qu’il soit plus adaptatif. En outre, le traitement les encourage à s’exposer progressivement à des situations susceptibles d’induire la panique, désensibilisant ainsi leur association supposée entre le contexte et les symptômes.
Edouard Mouchel, psychothérapeute
Références :
1. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th edition, Text Revision (DSM-5-TR). American Psychiatric Association Publishing, Washington, DC, pp 244.
2. Kessler RC,WT Chiu, Jin R, et al: The epidemiology of panic attacks, panic disorder, and agoraphobia in the National Comorbidity Survey Replication. Arch Gen Psychiatry 63(4):415-424, 2006. doi: 10.1001/archpsyc.63.4.415


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