Comprendre la Boulimie : Symptômes et Types

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Boulimie
La boulimie fait partie des troubles du comportement alimentaire.

Les critères diagnostiques de la boulimie :
A. Survenue de crises de boulimie ; une crise est caractérisée par deux éléments :

  • L’absorption : c’est le fait d’ingérer une très grande quantité de nourriture (généralement en moins de deux heures), supérieure à la quantité normale qu’une autre personne consommerait dans le même contexte. Le grignotage en continu ne peut pas être considéré comme une crise. Les types d’aliments ingérés pendant une crise sont très variables ; cependant, on note une préférence notable pour les aliments à haute teneur calorique comme les glaces, gâteaux, etc.
    Dans tous les cas, ce qu’il faut retenir, c’est « l’anomalie » de la quantité de nourriture ingérée plutôt que le type de nourriture.
    Autre particularité à retenir : la crise de boulimie est souvent accompagnée d’un sentiment de honte par rapport à l’habitude alimentaire pathologique, ce qui déclenche des comportements d’évitement, où la personne va se cacher, faire sa crise à l’abri des regards, organiser toute une planification pour cacher aux autres les achats, l’ingestion, les détritus, etc.
    La crise va se poursuivre jusqu’à ce que la personne se sente « tellement pleine qu’elle a l’impression qu’elle va être malade ».
    Les crises peuvent être provoquées par des facteurs aggravants comme :
  • Un sentiment de dysphorie (je me trouve trop grosse, trop moche, etc.)
  • Un stress lié aux relations interpersonnelles (conflit avec le copain, les parents, le patron, etc.)
  • Une sensation de faim intense à la suite d’une période de régime restrictif, de vomissement, etc.
  • Un sentiment d’insatisfaction par rapport à sa silhouette, son poids, ses habits, la nourriture, etc.

La crise peut entraîner une diminution de l’état dysphorique, mais l’humeur dépressive, l’autocritique acerbe et la honte reviennent très rapidement.

  • Une sensation de perte de contrôle au moment de la crise (on a l’impression qu’on ne peut pas s’arrêter, qu’on ne peut pas contrôler la quantité d’aliments ingérés). Pendant la crise, on peut avoir l’impression d’être « étranger » à la situation, de ne plus être vraiment soi-même. La crise est souvent décrite comme un épisode de dissociation. En revanche, la perte de contrôle n’est pas totale : on peut ignorer le téléphone qui sonne pendant la crise, mais si une personne entre dans la pièce, l’épisode peut s’interrompre brutalement.

B. Les comportements compensatoires
La méthode habituellement adoptée pour contrecarrer les effets de la crise est le vomissement provoqué juste après celle-ci. Le vomissement amoindrit le sentiment d’inconfort physique ainsi que la peur de prendre du poids. Il existe plusieurs façons de se faire vomir : avec les doigts, des instruments ou, dans des formes avancées de la pathologie, la faculté de vomir sur commande.
Il arrive que le vomissement devienne l’effet recherché, c’est-à-dire que la personne ne mange que dans le seul but de vomir.
Parfois, les comportements purgatifs sont liés à l’abus de laxatifs, de diurétiques ou d’autres médicaments.
Les lavements sont rarement utilisés et, s’ils le sont, ils ne sont jamais la seule méthode de purge.
D’autres mesures compensatoires consistent à jeûner pendant les jours qui suivent la crise ou à pratiquer des exercices physiques à haute intensité.

C. Les crises de boulimie et les comportements compensatoires interviennent au moins deux fois par semaine pendant une période de trois mois.

D. L’estime de soi est excessivement dépendante du poids et de la silhouette.

E. Ces perturbations ne surviennent pas exclusivement pendant des épisodes d’anorexie mentale.

Lorsque des comportements compensatoires sont présents, on parle de boulimie nerveuse. Il existe deux sous-types :

  • Présence de comportements purgatifs : pendant l’épisode actuel de boulimie, la personne recourt régulièrement aux vomissements provoqués, à l’abus de laxatifs, de diurétiques ou aux lavements.
  • Absence de comportements purgatifs : pendant l’épisode actuel de boulimie, la personne présente des comportements compensatoires tels que le jeûne ou l’activité physique intense.

En l’absence de comportements compensatoires, on parle d’hyperphagie boulimique.

Le DSM-5 avec son répertoire de symptômes est très utile, car il permet de se reconnaître dans un trouble psychopathologique reconnu. Cependant, cela ne sert qu’à partager un diagnostic entre professionnels de santé.

C’est pour cela qu’ici, je vais essayer de décrire ces troubles sous la forme de profils, selon les systèmes de perception et les réactions spécifiques en fonction des symptômes.

1. La boulimie
Ici, nous utilisons le terme de boulimie pour faire référence aux personnes qui mangent de grandes quantités de nourriture de façon compulsive sans recourir aux vomissements (quand il y a vomissement, on parle de « syndrome de vomissement »).

Le profil de la personne boulimique présente une grande fragilité émotionnelle et une difficulté à contrôler ses réactions.
Leur système de perception fait que la crise est vécue comme un moment de très grande satisfaction. Cette satisfaction entraîne une peur de perdre le contrôle, ce qui pousse à la mise en place de stratégies pour essayer de résister au désir insatiable de nourriture. C’est ici que se joue le paradoxe : plus elles essayent de se contrôler, plus les crises s’intensifient.
Les crises alimentaires proviennent du simple fait que manger est très agréable. Si c’est la seule forme de plaisir, cela peut devenir un refuge face aux problèmes de la vie quotidienne, encore plus avec la peur de ne pas contrôler ses propres réactions. La crise devient donc une forme de réponse d’adaptation fonctionnelle face à une réalité perçue comme insurmontable.
Métaphoriquement, les patientes boulimiques sont semblables à des artichauts : un cœur tendre protégé par des feuilles dures.

Il existe deux catégories sous le profil de la boulimie : la boulimie Botero et la boulimie Yo-Yo.

A. La boulimie Botero
Ces personnes ressemblent aux personnages dans les peintures de Botero. Elles ont souvent un poids minimum de 80-90 kg, souvent diagnostiqué comme souffrant d’obésité chronique.
La plupart du temps, ces femmes ont conscience d’être des « artichauts » : elles ont fait l’expérience (réelle ou imaginaire) d’une perte de contrôle, et la nourriture est une forme de protection face à leurs comportements excessifs dans d’autres domaines.
Parfois, elles ne font pas le lien entre l’aspect protecteur de leur trouble et leur relation à la nourriture, perçue comme un « démon » qui prend possession de leur corps. Cette conception provient de leur culpabilité, qui les conduit à refuser toute expérience agréable dans de nombreux contextes.
Une troisième catégorie, plus rare, existe : lorsque le symptôme boulimique devient une source de plaisir irremplaçable. Les crises alimentaires deviennent la seule compensation à leur vie devenue bien vide.

B. La boulimie Yo-Yo
C’est la forme la plus répandue. Le psychothérapeute n’est que rarement le premier choix ; la personne va souvent consulter d’abord des médecins, des diététiciens, etc.
Le terme « Yo-Yo » fait référence à la capacité à suivre un régime particulier pendant un certain temps, à perdre du poids, puis à perdre le contrôle et reprendre du poids rapidement, voire plus.
Comme tout bon artichaut, les boulimiques Yo-Yo paniquent dès qu’elles perdent du poids, car elles recommencent à ressentir les effets « dangereux » de la séduction. Refabriquer une couche de graisse pour se protéger du monde extérieur est donc la solution la plus fiable jusqu’à présent.

2. L’hyperphagie
Chez les hyperphages, on observe une alternance entre jeûne et crises de boulimie, entre le contrôle et la perte de contrôle. Leur système de perception est fondé sur cette alternance.

3. Le syndrome de vomissement
Dans le cas de l’utilisation du vomissement comme comportement compensatoire, on évolue vers une forme de spécialisation « technologique » : les personnes boulimiques ou anorexiques découvrent que vomir leur permet de contrôler leur poids sans se priver du plaisir de manger.
Au début, le fait de vomir semble être la solution parfaite à la prise de poids causée par les crises. Mais plus ce rituel manger-vomir se répète, plus il devient agréable. Après quelques mois, il devient le plus grand plaisir de la personne. À ce stade, le problème central n’est plus le contrôle du poids, mais la maîtrise de la compulsion de vomir.

En conclusion, la boulimie est un trouble complexe qui prend plusieurs formes selon chaque individu. Cependant, ce n’est pas parce qu’il est complexe qu’il ne peut pas être soigné.
Si vous vous reconnaissez dans la description de la boulimie, je vous invite à prendre rendez-vous avec moi pour entamer une psychothérapie.

Mouchel Edouard Psychothérapeute

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