La circlusion; comment revoir le rapport à la sexualité

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Circlure / Circlusion

Une réinvention du langage sexuel

Le langage joue un rôle fondamental dans la manière dont nous percevons et exprimons nos expériences, notamment dans la sphère sexuelle. Or, les mots que nous utilisons pour parler de sexualité sont souvent empreints de visions genrées, de hiérarchies implicites et de dynamiques de pouvoir. Le concept de « circlusion » propose de repenser ces dynamiques traditionnelles, en offrant une perspective nouvelle, plus équilibrée et inclusive des rapports sexuels.

Une terminologie repensée

Commençons par la terminologie. Le mot circlusion est formé par l’alliance du préfixe cir-, qui signifie « autour », et de la base -clusion, dérivée de « clore ». Il désigne donc l’action d’enrober, d’entourer quelque chose. Dans le domaine sexuel, circlure décrit le fait d’entourer la verge par le vagin, la bouche, l’anus ou la main.

Ce terme vient enrichir le langage de la sexualité, remettant en question les notions souvent inadéquates d’ »actif » ou de « passif », qui véhiculent une vision déséquilibrée et stéréotypée des rapports sexuels.

Le poids des mots dans la sexualité

Dans le langage courant, les mots utilisés pour décrire la sexualité sont souvent associés à une dynamique de domination : la personne qui pénètre est perçue comme active, dominante, « au-dessus », tandis que celle qui est pénétrée est vue comme passive, soumise, « en dessous ». Des expressions telles que « je l’ai bien… » ou « va te faire… » renforcent cette asymétrie en impliquant une action exercée sur l’autre, souvent dénuée de réciprocité.

Une multitude de verbes décrivent l’acte sexuel de manière brutale ou déshumanisante : baise, défonce, empale, fourre, prend, saute, ramone. Certains termes réduisent même le partenaire à un objet, comme fourre, qui évoque une « poule qu’on farcit ». Ces expressions, loin d’éveiller le désir, peuvent renforcer une vision utilitariste et objectivante de la sexualité.

Circlusion : rééquilibrer les dynamiques

C’est ici que la notion de circlusion joue un rôle crucial, en rétablissant l’équilibre entre les partenaires. Après tout, un rapport sexuel implique toujours au moins deux personnes. Si l’une pénètre, l’autre circlut, c’est-à-dire enrobe et accueille en soi. Cette nouvelle terminologie neutralise les idées de domination ou de passivité et met en lumière la participation active de chaque partenaire.

Avec la circlusion, le vagin enrobe le sexe masculin ; si l’homme pénètre, la femme circlut. Bien entendu, cette dynamique ne se limite pas aux rapports hétérosexuels. Un homme peut circlure un autre homme, et une femme peut circlure une autre femme, rendant le concept inclusif et applicable à toutes les orientations sexuelles.

Un changement de perspective, pas de pratique

Le terme circlusion ne bouleverse pas la pratique des rapports sexuels — après tout, cette dynamique existe depuis toujours. Par exemple, lorsque la femme est au-dessus ou lorsque le partenaire pénétré bouge les hanches pour donner le rythme, il s’agit déjà d’une forme de participation active.

Ce que le concept change, cependant, c’est la manière dont nous percevons et décrivons cette participation. Grâce à la circlusion, le langage évolue pour refléter une sexualité équilibrée et mutuelle, où personne n’est réduit à un rôle passif ou objectivé.

Vers une sexualité plus consciente et partagée

Adopter le terme circlusion dans notre vocabulaire, c’est aussi une invitation à repenser nos représentations collectives de la sexualité. Il ne s’agit plus de « se vider » ou de « se déstresser » en utilisant l’autre comme un objet, mais bien d’envisager l’acte sexuel comme un partenariat où chaque personne joue un rôle actif, conscient et épanouissant.

Et si, au lieu de concevoir la sexualité comme une hiérarchie de rôles, nous commencions à la voir comme une collaboration où chacun a une valeur égale ? Circlure n’est pas seulement un mot : c’est une manière de réimaginer le plaisir et l’intimité, dans une perspective de respect et de partage.

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