Burnout : comprendre la saturation cognitive et comment s’en sortir

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Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, correspond, selon le site de la Haute Autorité de Santé (HAS), à un « épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel ».

Et si c’était un peu plus complexe qu’un « épuisement », on va faire un pas de côté.

L’être moderne du 21e siècle est pris dans une situation paradoxale, nous ne travaillons plus les heures monumentales de nos ancestres, nous avons plus de congé, une technologie qui nous facile le quotidien, des transports rapides, des réseaux de communication ultraperformants etc. tout va plus vite, peut-être même trop vite.
On devrait donc avoir plus de temps pour nous ? Alors pourquoi est ce que nous avons l’impression d’être pris dans une course folle ?  « Métro-boulot-dodo » d’accord mais il n’y a pas que ça, il y a aussi les relations amicales, nos conjoints, nos enfants et les tâches qui y sont liées, nos loisirs, le fameux « temps pour soi » etc. Nous sommes donc passé à une époque qui nous a libéré du « Temps physique » , mais comme la nature à horreur du vide c’est le « temps psychique » qui s’est retrouvé accaparé c’est-à-dire notre attention.  

Il y a un autre mal qui envahi les meilleures ventes des librairies et ce sont les livres de développement personnel qui n’ont qu’un seul message finalement « devenir la meilleure version de soi-même ». Qui pourrait refuser cette proposition pleine de bon sens ? On y rajoute aussi plusieurs injonctions de la société ; « soit inclusif et solidaire »et en même temps « prendre soin de nous », avoir l’esprit de collaboration au travail et privilégié sa vie privée, exposé sa vie sur les réseaux tout en gardant une part d’intimité, être un bon père, être un bon mari, penser à faire du sport, faire de la méditation, manger 5 fruits légume par jours etc.  etc.
Nous sommes pris dans un tourbillon de stimulations et d’exigences contradictoires.

C’est ce cocktail de la vie où on se retrouve pris dans ce tourbillon de stimulation et d’exigences souvent contradictoires qu’on subis hyperstimulation permanente ; saturation de l’attention, saturation de la mémoire de travail, saturation émotionnelle etc. Elles font prendre la forme d’un « Burnout  professionnel» ; difficulté à faire son travail qui semble sans fin, mission qu’on rapporte à la maison, pression, ruminations incessantes. Il y a aussi le « burnout relationnel ; sensation d’être dépassé pour rien en famille/couple/ami, faire passer les autres avant soi.

De tout ça, il semble se dessiner un symptôme de plus saillant : la saturation de la mémoire de travail.

La mémoire de travail

Nous avons plusieurs types de mémoire, mais ici on va se concentrer sur la mémoire de travail. Si on peut se permettre la comparaison, la mémoire de travail c’est la mémoire vive d’un ordinateur, c’est-à-dire la mémoire qui est occupé par les activités en cours.
Malheureusement la capacité de la mémoire de travail est limitée en termes de traitement de l’information et la saturation de la mémoire de travail peut altérer bon nombre de processus dont l’encodage de la mémoire à long terme, favoriser l’émergence de pensées « parasites » ou d’émotions perturbantes.    En réalité notre mémoire de travail ne peut gérer que 3-4 informations en même temps et accéder à d’autres en arrière-plan de façon limité.

La surcharge cognitive va ralentir le cerveau, littéralement on va « lagger », plus les données sont nombreuses et plus on va rallonger le temps de traitement et retarder la prise de décision. Ce qui se passe généralement c’est que la personne va « forcer » son fonctionnement pour tenir le rythme, du coup on pense on pense mais on se perçoit très peu productif. La machine est en marche sans arrêt et finit forcément par surchauffer et si ça dure trop on s’effondre.
On va avoir l’impression de « tenir » mais en réalité on s’épuise, sur le court terme on va ressentir une fatigue physique, d’envie de consommer des énergies rapides comme le sucre ou chimique (nicotine, caféine, drogue etc) . Une fatigue intellectuelle va s’installer si la saturation dure. Notre corps va nous envoyer des signaux d’alertes (angoisse, colère, attaque de panique sur le trajet du boulot etc) mais est ce qu’on les écoute pour faire cesser ce processus délétère ? La plupart du temps non.

Face à la saturation cognitive

Lorsqu’une personne va commencer à ressentir les symptômes du « burnout » , le premier réflexe/ ce qu’on va s’entendre dire c’est de se reposer/ de faire une pause. Même le médecin va nous proposer/imposer un arrêt maladie pour qu’on se repose face à cet épuisement. On pourrait dire que c’est du bon sens, après tout ça semble logique.

Cependant, aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, la solution n’est pas forcément dans le repos physique. En réalité certaine pause/repos s’ils sont faits sans méthode sont inutile, voire contre-productif. Qu’est ce qui se passe la plupart du temps, la personne se retrouve sur le canapé, seule avec sa pensée qui se retrouve accaparé par la culpabilité de ne pas être au travail, d’avoir abandonné ses collaborateurs, la culpabilité de ne rien faire etc.
C’est la saturation cognitive qui vous a fait oublier les besoins fondamentaux de votre corps et qui vous à conduit à pousser plus loin que vos propres limites.

Le cycle ultradien

On a tous entendu parler du rythme circadien (24H, éveil-sommeil), il y a aussi les cycle infradien qui est un cycle supérieur à 24H comme les menstruations chez la femme par exemple ( 28jours). Il en existe un autre le cycle ultradien qui sont des rythmes de moins de 24H, par exemple les cycles du sommeil qui alterne en sommeil léger et lourd (1h30 environ). On va s’intéresser ici au cycle de l’attention.

 Le cycle de l’attention est rythmé par de légères variations hormonales qui se produisent sur des rythmes de 1h30 à 2h et influence nos fonctions cognitives et attentionnel.

Le rythme ultradien de l’attention est donc cette capacité naturelle d’alterner des moments d’attention soutenue et de « dissociation » pour garder un équilibre.

La durée des cycles est variable selon les individus mais généralement ça alterne entre 90-120minutes d’attention et puis 5-20minutes où on décroche. Pendant ce laps de temps où on décroche le cerveau va faire le tri dans les informations.

On la déjà tous remarquer ce moment dans les cours, les réunions etc. durant un long moment on peut être concentré sans problème et généralement au bout de 90minutes on commence à décrocher même si on essaye de se forcer.

Maintenant se pose la question ; si ce cycle se fait de manière naturelle pourquoi est ce que ça ne marche plus au bout d’un moment ?

Le problème c’est que contrairement aux autres cycles auxquelles ont ne peut pas lutter, ici le cycle de l’attention on peut volontairement nous opposer à lui, on va ignorer ses appels.

On va se dire « concentre toi/reprend toi ! », on va utiliser des substances (sucre, caféine, nicotine, drogue etc) et ça va marcher dans un premier temps et on va continuer à être productif, le problème c’est à quelle prix ? Le prix c’est l’usure de la machine par la désorganisation du cycle.
Et si vous ne ressentez pas ce cycle c’est qu’il est déjà désorganisé.

Les fausses pauses

Finalement, c’est quoi une pause ? Car si on regarde autour de nous ou soi-même, on n’a jamais de moment où on est vraiment au repos/couper de tout.
C’est quoi le plus souvent une pause ? scroller sur les réseaux, jouer un jeu sur son portable, fumer une cloque, parler avec ces collègues etc ont est toujours soumis à des stimulations que ça soit les notifications, les récompenses en jeu, devoir gérer une conversation, surveiller le temps qui reste etc. la soi-disant pause est encore une surstimulation.

Ça serait quoi alors une vraie pause ?

Une vraie pause ce n’est pas une pause où on fait autres choses qu’avant, c’est une pause qui va être corporelles et sensorielles, c’est-à-dire que pendant ce laps de temps, l’information ne doit pas venir du cognitif (les pensées) mais des sensations.

Plus facile à dire qu’à faire, ça ne marchera pas forcément très bien dans un premier temps, surtout au début. Il va falloir accepter de ne pas « optimiser » son temps en permanence (podcast pendant des tâches ménagère par exemple).

La clé va être de passer de « réfléchis ! » à « ressens !»

Les exercices de « reset cognitif »

Il ne va pas forcément s’agir de se focaliser à outrance sur les sensations mais de se donner la liberté pendant quelques secondes à plusieurs minutes au sein de cette activité pour ressentir.

-Brossage de dents

Vous pouvez vous concentrez sur le poids, la texture, la température, la vibration de la brosse à dent dans votre main. Portez votre attention sur la fraicheur mentholée en bouche.

-Lavage des mains

 Activité qu’on peut faire machinalement, encore plus depuis le covid on va dire, vous pouvez porter votre attention sur l’odeur du savon, le contact de l’eau, le bruit de l’eau qui coule, prendre son temps pour faire mousser le savon, ressentir les textures, bosses de vos mains.

-Les tâches ménagères

Profiter de quelques minutes pendant ces tâches pour ressentir l’éponge dans votre main, l’odeurs des produits, l’eau chaude, les bruits etc

 -La marche

La marche est souvent maintenant le produit d’un automatisme qu’on effectue par habitude perdus dans ses pensées ou ruminations du moment. Pourquoi ne pas en profiter pour repasser sur un mode actif, profiter des bruits autour de vos, des odeurs

-Le repas /boisson

Vous pouvez profiter de ce moment, pour ressentir pleinement le goût en bouche, la chaleur de la tasse de thé sur vos mains etc

Il peut être utile de se mettre des rappels sur ton téléphone pour se rappeler de faire des « reset »  dans un premier temps, le temps de se réapproprier son rythme attentionnelle qui à été maltraité pendant trop longtemps.

On peut prendre n’importe quelle activité pour se concentrer sur les sensations, bien entendu dans les premiers temps, les pensées parasites reviendront rapidement, ce n’est pas grave, laisser les passer pour revenir sur vos sensations, vous pourrez vous consacrez à ses vilaines pensées plus tard. Plus ces « Reset » seront fait et plus il sera facile de les faire par la suite.

Le burnout n’est pas en aucun cas une fatalité, c’est quelque chose qui est totalement réversible, des solutions existes comme la psychothérapie.

Edouard Mouchel, Psychothérapeute

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