L’agoraphobie est souvent décrite comme une peur panique des espaces ouverts, des lieux publics ou des situations dont il serait difficile de s’échapper. Traditionnellement, on l’aborde comme un trouble anxieux lié à des causes internes (traumatismes, déséquilibres chimiques, etc.). Pourtant, l’École de Palo Alto propose une lecture radicalement différente : et si l’agoraphobie persistait non pas malgré les efforts pour la combattre, mais à cause d’eux ?
1. L’Agoraphobie, un Système qui s’Auto-Entretient
Pour Palo Alto, les troubles psychologiques ne sont pas des maladies isolées, mais des boucles interactives entre la personne et son environnement. Dans l’agoraphobie, trois mécanismes clés créent un cercle vicieux :
a) L’Évitement : La Fausse Bonne Idée
- Logique initiale : « Si j’évite les endroits angoissants, je me sens mieux. »
- Effet pervers : Moins la personne s’expose, plus son seuil de tolérance diminue. Ce qui était un simple inconfort devient une terreur incontrôlable.
- Exemple : Une personne qui annule ses sorties finit par ne plus pouvoir mettre un pied dehors sans paniquer.
b) La Réassurance : Le Piège de la Dépendance
- Logique initiale : « Si un proche m’accompagne, je me sens en sécurité. »
- Effet pervers : L’entourage, en se transformant en « protecteur », valide inconsciemment l’idée que le danger est réel. La personne devient incapable d’agir seule.
- Exemple : Un conjoint qui fait toutes les courses à la place de son partenaire agoraphobe renforce l’incapacité à affronter les magasins.
c) Le Contrôle : L’Obsession qui Amplifie
- Logique initiale : « Si je surveille mon cœur et ma respiration, je préviens la panique. »
- Effet pervers : Plus on tente de contrôler son corps, plus on remarque les signaux d’alerte (palpitations, transpiration), ce qui déclenche… davantage de panique.
- Exemple : Une personne qui vérifie constamment son pouls en public finit par provoquer des crises à force d’hypervigilance.
2. Le Rôle Clé de l’Entourage
L’agoraphobie n’est pas un problème individuel, mais relationnel. Les proches, en voulant aider, participent souvent au maintien du trouble sans le vouloir :
- En surprotégeant (« Je vais faire tes courses à ta place »).
- En évitant les déclencheurs (« On ne parle pas de sorties pour ne pas l’angoisser »).
- En surveillant (« Tu es sûr que tu vas bien ? »).
Ces comportements, bien qu’empathiques, envoient un message toxique : « Le monde extérieur est dangereux, et tu ne peux pas y faire face seul. »
3. Le Paradoxe de l’Agoraphobie
Le grand apport de Palo Alto est de montrer que les solutions intuitives aggravent le problème :
- Plus on fuit, plus la peur grandit.
- Plus on cherche du réconfort, plus on devient dépendant.
- Plus on contrôle, plus on perd le contrôle.
La clé ? Rompre le cercle en changeant les interactions, plutôt qu’en cherchant des causes profondes dans le passé.
Conclusion : Sortir de la Prison Invisible
L’agoraphobie n’est pas une fatalité. En comprenant comment nos tentatives de solutions nourrissent le problème, il devient possible de :
- Réduire l’évitement par petites étapes.
- Modifier les dynamiques familiales pour restaurer l’autonomie.
- Accepter l’anxiété au lieu de la combattre (ce qui la désamorce).
Comme le disait Paul Watzlawick : « Le problème, c’est la solution. » Dans le cas de l’agoraphobie, cesser de lutter contre la peur pourrait bien être le premier pas vers la liberté.
L’agoraphobie est un piège dans lequel on peut tomber plus facilement qu’on ne le pense . Elle nous donne l’illusion du contrôle et de sécurité , mais finit par nous épuiser,nourrir notre anxiété et nous empêcher de sortir/faire des activités. Heureusement, des solutions existent : que ce soit par la psychothérapie avec moi ou avec un autre professionnel de la santé mentale.
Mouchel Edouard, psychothérapeute


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