Les Phobies:Quand la Peur Devient un Système qui s’Auto-Alimente

Published by

on

L’approche de l’École de Palo Alto apporte un éclairage révolutionnaire sur les phobies en les considérant non comme de simples peurs irrationnelles, mais comme des systèmes interactifs complexes qui se maintiennent par leurs propres mécanismes. Cette perspective systémique, développée par des penseurs comme Paul Watzlawick et Giorgio Nardone, révèle comment nos réactions naturelles face à la peur contribuent en réalité à la renforcer.

1. Le Cercle Vicieux de la Phobie : Un Système qui se Perpétue

La vision palo-altienne identifie trois composantes clés qui entretiennent le système phobique :

a) La Tentative de Solution qui Aggrave le Problème
Chaque phobie génère des comportements d’évitement ou de protection qui, bien que rationnels en apparence, renforcent en réalité le trouble. Par exemple :

  • L’évitement systématique (ne plus prendre l’ascenseur pour une claustrophobie)
  • Les comportements sécuritaires (toujours se faire accompagner pour une agoraphobie)
  • Les rituels de vérification (inspecter une pièce pour une arachnophobie)

b) Le Rôle Actif de l’Environnement
L’entourage, souvent à son insu, participe au maintien de la phobie par :

  • La surprotection (faire à la place de la personne phobique)
  • L’adaptation excessive (changer ses propres habitudes)
  • La validation involontaire (« C’est vrai que les araignées ici sont dangereuses »)

c) L’Auto-Renforcement par l’Attention Sélective
La personne phobique développe :

  • Une hypervigilance aux stimuli menaçants
  • Une mémoire sélective des « fausses alertes »
  • Une interprétation catastrophiste des sensations corporelles

2. Les Mécanismes Communs à Toutes les Phobies

Au-delà de leurs spécificités, toutes les phobies partagent des dynamiques similaires :

a) Le Paradoxe de l’Évitement
Plus on évite l’objet de sa peur, plus :

  • La zone de confort se rétrécit
  • Le seuil de tolérance diminue
  • L’objet phobique devient monstrueux dans l’imaginaire

b) L’Illusion du Contrôle
Les tentatives pour maîtriser sa peur conduisent à :

  • Une focalisation excessive sur les symptômes
  • Une amplification des sensations physiques
  • Un épuisement mental

c) La Prophétie Auto-Réalisatrice
La peur d’avoir peur crée :

  • Des anticipations anxieuses
  • Des comportements défensifs visibles
  • Des réactions des autres qui confirment la menace

Cette analyse systémique montre que la phobie n’est pas un simple symptôme à éradiquer, mais un équilibre interactionnel à modifier. En comprenant comment nos réactions naturelles entretiennent le problème, on ouvre la voie à des solutions plus efficaces.

Exemple d’une phobie :

Sophie, 32 ans, consultait pour une phobie des pigeons devenue handicapante. Elle évitait les parcs, les places publiques, et avait même refusé une promotion car le nouvel immeuble de bureau donnait sur une place fréquentée par des pigeons.

Tentatives de Solutions contre-productives :

  1. Évitement massif : Elle faisait des détours de 30 minutes pour éviter les zones « à risque ».
  2. Rituels de protection : Elle vérifiait systématiquement les environs avant de sortir et gardait toujours un parapluie « au cas où ».
  3. Réassurance : Son conjoint devait « faire le guet » lors de leurs rares sorties en ville.

Effets pervers :

  • Son monde rétrécissait comme une peau de chagrin
  • Sa vigilance constante alimentait son anxiété (« Où vont-ils surgir ? »)
  • Son entourage validait involontairement le danger (« Je comprends, ces bestioles sont imprévisibles »)


Le système phobique s’auto-alimentait par :

  • La prophétie auto-réalisatrice : Plus elle fuyait, plus les pigeons semblaient omniprésents
  • L’économie paradoxale : Ses stratégies lui prenaient plus d’énergie que la peur elle-même
  • Les bénéfices cachés : Son conjoint s’était mis à gérer toutes les sorties « compliquées »

Les phobies sont des pièges dans lequel on peut tomber plus facilement qu’on ne le pense. Elle nous donne l’illusion du contrôle et de sécurité, mais finit par nous épuiser, nourrir notre anxiété et nous empêcher de sortir/faire des activités. Heureusement, des solutions existent : que ce soit par la psychothérapie avec moi ou avec un autre professionnel de la santé mentale.

Mouchel Edouard, psychothérapeute

Laisser un commentaire