L’école de Palo Alto, à travers son approche systémique et stratégique, propose une lecture innovante des troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Contrairement aux approches médicales ou psychanalytiques traditionnelles, cette école ne cherche pas l’origine du trouble dans le passé ou dans une dysfonction biologique, mais s’intéresse plutôt à la façon dont le problème se maintient dans le présent, au sein des interactions et des tentatives de solution inefficaces mises en place.
Le TOC est vu comme le résultat d’une tentative de contrôle excessif de la pensée ou du comportement, qui devient paradoxalement une source d’amplification du trouble. Plus la personne tente de se rassurer ou de contrôler ses pensées/rituels, plus elle renforce leur présence. C’est ce que les thérapeutes appellent un processus de rétroaction positive : le remède devient le problème.
Par exemple, une personne qui a peur de contaminer ses proches va mettre en place des rituels de lavage. Ce comportement, destiné à la rassurer, valide implicitement l’idée qu’il y a danger, renforçant ainsi l’anxiété et le besoin de rituel. Selon l’école de Palo Alto, c’est la tentative de solution qui nourrit le problème.
L’objectif de la thérapie brève systémique n’est pas de comprendre « pourquoi » la personne a un TOC, mais comment le problème fonctionne et se maintient aujourd’hui. Le thérapeute agit comme un stratège, en perturbant les schémas rigides de pensée et d’action.
Les interventions sont souvent paradoxales ou contre-intuitives : on peut, par exemple, demander à la personne de planifier ses rituels à une heure précise ou d’exagérer volontairement ses pensées obsessionnelles. Ce type d’intervention vise à briser la logique du contrôle, à déjouer les mécanismes d’évitement et à créer une rupture dans la dynamique problématique.
La thérapie selon Palo Alto est brève, orientée vers le présent et vers le changement concret. Elle considère que, même si la souffrance est réelle, il est possible de faire évoluer rapidement le système de relations et les tentatives de solution qui alimentent les TOC.
Exemple clinique 1 : le cas de Sophie – Lavage des mains
Sophie, 32 ans, consulte pour des TOC de contamination. Elle se lave les mains plus de 50 fois par jour, évite les poignées de porte, les transports en commun et change constamment ses vêtements. Lorsqu’on explore sa logique, elle dit :
« Si je ne fais pas ça, je risque de tomber malade ou de contaminer mes enfants. »
Tentative de solution : contrôle, évitement, nettoyage excessif.
Effet produit : plus elle se lave les mains, plus elle doute, et plus l’anxiété augmente.
Exemple clinique 2 : le cas de Marc – Pensées intrusives et vérifications
Marc, 27 ans, est obsédé par l’idée d’avoir laissé la porte de son appartement ouverte ou le gaz allumé. Il vérifie dix à quinze fois avant de partir, parfois en revenant sur ses pas plusieurs fois.
Tentative de solution : il vérifie encore et encore pour se rassurer.
Effet : son niveau de doute augmente au fil des vérifications.
Fondements de l’approche systémique et stratégique
L’intervention thérapeutique repose sur quelques principes clés :
1. Le problème est dans la solution : ce que fait la personne pour se libérer du TOC est ce qui l’entretient.
2. Le symptôme a une fonction dans un système (familial, conjugal, professionnel).
3. Le changement vient d’une rupture dans la logique du problème, souvent par des techniques contre-intuitives.
4. Le thérapeute agit comme un stratège, et non comme un expert qui « soigne » un patient passif.
L’approche systémique et stratégique de l’école de Palo Alto offre une alternative efficace et souvent brève pour traiter les TOC. Elle ne cherche ni à pathologiser la personne ni à expliquer l’origine du trouble, mais à modifier les interactions et les tentatives de solution qui le maintiennent.
Grâce à des techniques telles que la prescription du symptôme, le recadrage, ou la tâche paradoxale, cette thérapie permet d’amener des changements rapides et durables, souvent en quelques séances.
Mouchel Edouard psychothérapeute


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