Le syndrome de l’imposteur est un sentiment auto-entretenu d’incompétence et de doute en sa personne et ses compétences, et qui persiste malgré les succès scolaires et professionnels. Il s’agit essentiellement d’un conflit entre la perception que l’on se fait des autres et la façon dont on se perçoit soi-même.
Le syndrome de l’imposteur est le résultat d’une tentative de contrôle de son comportement/façon de s’exprimer/d’être perçu par les autres.
Ici nous allons essayer de comprendre comment fonctionne le syndrome de l’imposteur.
1. La logique perceptive
Dans l’approche de Palo Alto, ce qui compte n’est pas tant « la réalité objective » que la manière dont la personne perçoit et interprète les événements.
Chez la personne qui souffre du syndrome de l’imposteur, la perception centrale est la suivante :
« Mes succès ne sont pas le reflet de mes compétences réelles, mais le fruit du hasard, de la chance ou de l’indulgence des autres. »
Autrement dit, la personne filtre systématiquement les informations pour confirmer son sentiment d’illégitimité :
- Une réussite = attribuée à une cause externe (« j’ai eu de la chance », « les autres étaient bienveillants »).
- Un échec ou une difficulté = attribué à une cause interne (« je ne suis pas à la hauteur », « c’est bien la preuve que je ne mérite pas ma place »).
2. Les tentatives de solution qui entretiennent le problème
Un concept clé de Palo Alto est que ce qui maintient le problème, ce sont les solutions répétées qui n’en sont pas.
Chez l’ »imposteur », on observe souvent :
- Le surinvestissement : travailler plus que nécessaire, relire dix fois un travail, accumuler des diplômes ou certifications → mais chaque effort supplémentaire alimente l’idée qu’il faut en faire toujours plus pour « compenser ».
- Le perfectionnisme : ne jamais considérer un travail comme « suffisant », et voir la moindre imperfection comme une preuve d’incompétence.
- La recherche de validation : attendre que les autres confirment la légitimité → mais dès que la reconnaissance n’est pas explicite ou continue, le doute revient.
- L’évitement : refuser des responsabilités, des promotions, ou ne pas oser prendre la parole → ce qui prive la personne de l’expérience concrète de sa compétence.
Ces tentatives, loin de résoudre le problème, renforcent la conviction initiale d’être un imposteur.
3. Le cercle vicieux interactionnel
Un autre aspect central de Palo Alto est de voir comment les croyances de la personne s’entrelacent avec le regard des autres.
- Plus la personne doute d’elle, plus elle surinvestit et livre un travail de qualité.
- Plus son entourage la félicite, plus elle pense que « si les autres savaient vraiment », ils découvriraient son « imposture ».
- L’estime des autres devient paradoxalement une source d’angoisse supplémentaire.
Ainsi, le système fonctionne comme un cercle fermé : la reconnaissance extérieure, loin de rassurer, augmente la peur d’être démasqué.
Voici un exemple fictif;
Clara, 32 ans, consultante en communication
Clara a brillamment réussi ses études et travaille dans une agence renommée. Ses clients la félicitent régulièrement pour ses idées créatives et ses présentations claires. Pourtant, elle vit avec la conviction que « ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils se rendent compte que je ne suis pas vraiment compétente ».
- Quand elle réussit une mission, elle explique son succès par la « chance d’avoir eu un bon client » ou par « l’aide de ses collègues ».
- Lorsqu’un détail ne fonctionne pas comme prévu, elle y voit la preuve de son « incompétence profonde ».
- Elle reste régulièrement au bureau tard le soir pour relire et perfectionner ses dossiers.
- Ses collègues la voient comme une professionnelle rigoureuse et fiable, mais elle, de son côté, vit chaque compliment comme une pression supplémentaire : « Si seulement ils savaient… »
Dans son quotidien, Clara oscille entre deux pôles :
- Un surinvestissement anxieux, qui lui permet de livrer d’excellents résultats.
- Une peur permanente d’être démasquée, qui l’empêche de savourer ses réussites et l’épuise progressivement.
Dans une lecture systémique, Clara est donc prise dans un système auto-entretenu : ses efforts nourrissent sa réussite, mais cette réussite renforce son doute identitaire.
Histoire de Clara, prise dans le cycle de l’imposteur
1. Doute de soi
Clara se réveille déjà avec une inquiétude sourde. Aujourd’hui, elle doit présenter une campagne de communication à un client important.
Elle se dit :
« Je ne suis pas sûre d’être vraiment compétente… peut-être que j’ai juste eu de la chance jusqu’ici. »
Le doute est le point de départ, il colore tout ce qu’elle perçoit.
2. Surinvestissement
Pour compenser ce sentiment d’illégitimité, Clara passe toute la matinée à relire et modifier sa présentation. Elle cherche la perfection, ajuste chaque détail de son PowerPoint, révise ses phrases, ajoute encore une statistique « au cas où ».
Elle pense calmer son angoisse en travaillant plus, mais en réalité, son surinvestissement entretient l’idée qu’il faut en faire toujours plus pour ne pas être « démasquée ».
3. Réussite apparente
L’après-midi, la réunion se déroule bien. Les clients sont impressionnés, ils la félicitent pour la clarté de ses explications et la pertinence de ses propositions. Ses collègues lui sourient, confiants dans son expertise.
Du point de vue extérieur, Clara a parfaitement réussi.
4. Reconnaissance externe
À la sortie de la réunion, le directeur lui dit : « Excellente présentation, vraiment du beau travail ! »
Ses collègues ajoutent : « Heureusement que tu étais là, tu nous as sauvés. »
Clara reçoit donc une reconnaissance claire et objective de sa compétence.
5. Peur d’être démasqué
Pourtant, au lieu de savourer ce succès, Clara sent monter une nouvelle inquiétude :
« Si seulement ils savaient combien j’ai dû travailler pour arriver à ce résultat… Si je n’avais pas passé autant d’heures dessus, ça aurait été un désastre. La prochaine fois, je n’aurai peut-être pas autant de chance. »
Elle transforme la reconnaissance en pression supplémentaire : plus on la valorise, plus elle a peur d’être « démasquée ».
6. Retour au doute
Le soir, en rentrant chez elle, Clara pense déjà au prochain projet :
« Et si la prochaine fois je n’y arrive pas ? Peut-être qu’ils verront enfin que je ne suis pas à la hauteur… »
Et le cycle recommence.
Lecture systémique
- Le doute → entraîne le surinvestissement.
- Le surinvestissement → entraîne une réussite apparente.
- La réussite → entraîne reconnaissance et compliments.
- La reconnaissance → réactive la peur d’être démasquée.
- La peur → nourrit à nouveau le doute.
Ce cercle auto-entretenu illustre parfaitement ce que décrit l’approche de Palo Alto : ce ne sont pas les événements en eux-mêmes qui posent problème, mais la manière dont Clara les interprète et les réponses qu’elle y apporte.
Le syndrome de l’imposteur est une position/souffrance dans laquelle une très grande partie de la population s’y retrouve, en tout cas à un moment de leur vie. Parfois ça peut être passager, parfois plus marquant dans la vie de tous les jours.
Il existe des solutions comme la psychothérapie et il est possible de se faire accompagner, que ça soit avec moi ou un autre confrère.
Mouchel Edouard psychothérapeute


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