Tout être vivant sur Terre est soumis aux lois de l’évolution et à l’instinct de survie. Cette quête de préservation de l’espèce s’accompagne naturellement de situations de tension, de lutte et parfois de violence. Pourtant, les animaux semblent se remettre assez rapidement des stress du quotidien : une fois la menace écartée, leur organisme retrouve un état d’équilibre.
Lorsqu’un animal se fige face au danger c’est une réaction d’immobilisation avant tout protectrice, il reprend ensuite son cours naturel grâce à une série de tremblements, dont la fonction serait d’évacuer le stress accumulé.
Chez l’être humain, cette capacité de « décharge » est souvent bloquée ou incomplète, probablement inhibée par le psychisme et les mécanismes de contrôle internes.
Avec l’évolution, l’être humain a développé une conscience dite méta-réflexive : la capacité de penser sur ses propres pensées. Cette aptitude a ouvert la voie à une immense richesse intellectuelle et émotionnelle, mais aussi à une forme d’auto-inhibition. L’être humain se pense, se juge, se compare : à lui-même, aux autres et au monde. Ce regard réflexif peut alors freiner la spontanéité du corps et la régulation naturelle du stress.
Les manifestations du stress extrême
Face à un danger ou à un événement traumatisant, le corps réagit par différentes manifestations : pleurs, tremblements, syncopes, fuite, paralysie, mutisme, etc. Ces réactions, bien que naturelles, sont souvent mal comprises — par la personne elle-même comme par son entourage.
Le regard porté sur ces manifestations est fréquemment teinté de jugement ou d’incompréhension, faute de connaissance des mécanismes du stress extrême.
Les pensées ruminatives viennent ensuite entretenir la détresse : elles alimentent la peur, le jugement, les croyances ou la culpabilité. Le traumatisme s’accompagne aussi d’une mémoire “brute”, non traitée par le cerveau rationnel : la personne revit des sensations corporelles et des émotions intenses sans pouvoir les relier à un récit cohérent.
Ce décalage entre mémoire émotionnelle et mémoire sémantique explique pourquoi les reviviscences semblent si déroutantes : le corps et l’esprit revivent un événement passé comme s’il se produisait ici et maintenant.
Ces reviviscences sont souvent dissimulées ou évitées à travers divers comportements : addictions, troubles alimentaires, automutilations ou conduites d’évitement. Ces tentatives visent à contrôler ou fuir une douleur intérieure perçue comme incontrôlable.
Les réactions corporelles face au stress
Le corps exprime le stress à travers un langage qui lui est propre :
- La gorge serrée, qui rend difficile la déglutition ou la respiration.
- Le ventre contracté, l’estomac noué, parfois accompagnés d’un besoin urgent d’évacuer.
- Les lombalgies ou douleurs dorsales, signes d’une tension chronique liée à la préparation au combat ou à la fuite.
- La tachycardie et les tremblements, réactions destinées à apporter davantage d’oxygène et de sang aux organes vitaux — souvent vécues comme handicapantes, alors qu’elles sont des réponses physiologiques normales.
- La paralysie, enfin, est sans doute la plus déroutante. Elle peut se traduire par une lourdeur dans les membres, une incapacité à parler, courir ou réagir, voire à penser clairement. Cette dissociation est un réflexe de survie extrême du cerveau, qui « déconnecte » temporairement la conscience pour préserver l’intégrité psychique.
Deux éléments rendent cette paralysie particulièrement douloureuse :
- Elle survient précisément au moment où la personne aurait voulu agir, fuir ou se défendre.
- Elle tend à se reproduire, parfois des années plus tard, dans des contextes sans danger réel, activée par des déclencheurs difficiles à identifier.
Le rôle du mental dans l’entretien du trauma
L’être humain pense sans cesse. Les mots, les jugements et les représentations mentales occupent en permanence l’espace intérieur.
Lorsque cette activité mentale s’emballe, elle peut amplifier le vécu émotionnel du traumatisme, notamment à travers la rumination : “Pourquoi je n’ai pas réagi ?”, “Qu’est-ce qu’on va penser de moi ?”, “J’aurais dû faire autrement…”.
Ces pensées entretiennent la douleur et retardent le processus de guérison.
Pourquoi des réactions si différentes ?
Une question dérange parfois : pourquoi certaines personnes réagissent-elles avec une intensité extrême à des événements que d’autres traversent sans séquelle ?
Pourquoi, par exemple, une main non consentie sur les fesses peut-elle provoquer un traumatisme plus profond qu’un braquage à main armée ?
La réponse se trouve souvent dans la signification subjective que la personne attribue à l’événement et dans le jugement intérieur qu’elle porte sur elle-même.
C’est ici qu’intervient le modèle C.R.A.I. développé par le Dr Aïm, qui propose d’analyser le vécu à travers quatre dimensions :
- C comme Corps : que s’est-il passé physiquement ?
- R comme Relation : quelle était la relation à l’autre au moment de l’événement ?
- A comme Action : qu’ai-je pu ou non faire ?
- I comme Intention : quelle était mon intention, et comment je la juge après coup ?
Nous avons tendance à nous juger sur ces quatre plans, souvent de manière sévère. Ce jugement interne joue un rôle majeur dans la persistance de la souffrance et du sentiment de honte ou d’impuissance.
En conclusion
Le vécu psychotraumatique n’est pas seulement un souvenir douloureux : c’est une expérience corporelle, émotionnelle et mentale profondément enracinée.
Le comprendre, c’est reconnaître que le corps, le psychisme et la conscience interagissent en permanence, et que les réactions de figement ou d’impuissance ne sont pas des signes de faiblesse, mais des réflexes de survie.
Retrouver un sentiment de sécurité passe par la réconciliation avec ces réactions naturelles du corps, en apprenant à les accueillir plutôt qu’à les juger.
Pour vous aider à vous accompagner et vous aider sur ce jugement de soi même face à ce traumatisme, je vous invite à prendre rendez vous.
Mouchel Edouard, psychothérapeute


Laisser un commentaire