Comprendre l’automutilation autrement
Dans l’approche systémique et stratégique issue de l’école de Palo Alto, l’automutilation n’est pas perçue comme une folie ou une recherche de souffrance, mais comme une tentative de solution face à une douleur émotionnelle trop intense.
La personne cherche avant tout à reprendre le contrôle sur une tension intérieure, une colère, un vide, ou un sentiment d’impuissance.
Ce geste devient alors une manière paradoxale de se sentir vivant, de libérer la pression ou de rendre visible une douleur invisible.
Le problème survient lorsque cette stratégie devient la seule réponse possible pour soulager la détresse.
L’objectif du travail thérapeutique n’est donc pas de supprimer brutalement ce comportement, mais d’introduire d’autres façons de réguler les émotions, pour redonner à la personne un pouvoir d’action sans mise en danger.
Les alternatives à l’automutilation
Ces propositions visent à canaliser la tension émotionnelle, retrouver des sensations corporelles, exprimer la colère autrement, ou simplement se distraire jusqu’à ce que la crise passe.
Elles ne remplacent pas un accompagnement thérapeutique, mais peuvent être un outil ponctuel pour reprendre le dessus sur une envie de se faire mal.
🔹 1. Pour apaiser l’envie de se mutiler
- Claquer un bracelet élastique sur la peau
- Tracer des marques au feutre rouge plutôt que se couper
- Dessiner sur le corps de façon artistique
- Prendre une douche froide
- Jouer d’un instrument
- Faire glisser un glaçon sur la zone où l’on voulait couper jusqu’à ce qu’il fonde
- Appuyer fort avec un stylo rouge pour laisser une trace sans blessure
- Mettre un bandage et dessiner dessus des traces symboliques
- Écrire dans un cahier toutes les choses positives ou compliments reçus
- Créer une playlist qui reflète son état émotionnel
🔹 2. Pour exprimer la colère autrement
- Déchirer des magazines, des vêtements
- Crier dans un oreiller
- Jeter des fruits ou des chaussettes contre un mur
- Dessiner ce qui met en colère
- Casser des canettes, du carton, ou de vieilles assiettes décorées
- Faire du sport, courir, frapper un oreiller ou une peluche
- Observer des paillettes tomber dans un bocal d’eau colorée
- Casser des branches, marcher fort, hurler si besoin
🔹 3. Pour retrouver des sensations corporelles
- Tenir des glaçons dans les mains ou sur la peau
- Laisser couler de l’eau froide
- Se masser ou s’épiler légèrement
- Prendre un bain chaud
- Sauter sur place, bouger pour sentir son corps
- S’écrire sur la peau
- Mettre de la glue sur les mains et la retirer une fois sèche
🔹 4. Pour se distraire et repousser l’envie
- Se dire : « J’attends 30 minutes avant d’agir »
- Colorier, faire de l’origami, ranger ou cuisiner
- Appeler un ami, jouer, chanter, danser
- Lire, regarder un film, se faire un thé
- Commencer une activité mise de côté
- Sortir, aller au parc, observer le ciel
🔹 5. Pour apaiser la tristesse ou la culpabilité
- Se féliciter de chaque minute sans se blesser
- Se rappeler un souvenir heureux en détails
- Faire un câlin à quelqu’un, une peluche ou un animal
- Regarder des vidéos apaisantes ou drôles
- Se laisser le droit de pleurer
- Prendre un bain chaud, boire une boisson sucrée
- Porter un objet réconfortant
🔹 6. Pour calmer une crise ou une panique
- Respirer lentement : inspiration 2 secondes / expiration 4 secondes
- Se concentrer sur un objet précis ou la flamme d’une bougie
- Écrire tout ce qu’on observe autour de soi (ancrage dans le présent)
- Méditer, faire du yoga
- Boire un thé, sortir marcher
- Sentir son pouls, écouter de la musique douce
🔹 7. Pour réfléchir avant de se blesser
- Se répéter : « Je ne mérite pas d’être blessé »
- Penser à la culpabilité ressentie après une coupure
- Imaginer ce qu’on dirait à un ami dans la même situation
- Écrire le nom des personnes qu’on aime sur la peau
- Dessiner un papillon à l’endroit où l’on voulait couper (Projet Papillon)
- Faire la liste de ses qualités ou forces
🔹 8. Pour garder une illusion visuelle sans danger
- Se dessiner des coupures au feutre rouge
- Utiliser du henné, de la peinture ou du colorant alimentaire dans l’eau chaude
- Se peindre symboliquement les zones sensibles
Conclusion : reprendre le pouvoir autrement
L’automutilation est souvent un appel à l’aide silencieux, une manière de dire sans mots : « je ne vais pas bien ».
Ces alternatives permettent de créer une distance entre l’émotion et l’acte, pour reprendre un minimum de contrôle sur le comportement sans se faire de mal.
Mais elles ne remplacent pas un accompagnement psychothérapeutique.
Un travail en thérapie — notamment d’orientation systémique stratégique — peut aider à débloquer les cercles répétitifs de la souffrance, et à retrouver d’autres formes de régulation émotionnelle, plus durables et respectueuses de soi.


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