Les Symptômes comme Messages : Réinterpréter la Souffrance

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Nous avons tendance à considérer la souffrance psychique comme un dysfonctionnement, une “anomalie” à supprimer. On veut que ça cesse, et vite. Pourtant, dans l’approche systémique et stratégique de l’école de Palo Alto, la souffrance n’est pas vue comme un bug, mais comme un message du système : elle a une fonction, souvent inconsciente, au service d’un équilibre global.

Autrement dit : le symptôme n’est pas le problème, c’est une tentative de solution.

1. Le symptôme, une tentative d’équilibre

Une angoisse, une phobie, une crise d’hyperphagie, une insomnie… toutes ces manifestations ont souvent un point commun : elles apparaissent pour tenter de réguler une tension interne ou relationnelle.

Ce n’est pas “contre” vous, mais plutôt pour maintenir un certain équilibre, même au prix d’une souffrance.
Par exemple :

  • une personne qui se sent impuissante peut développer des crises de panique, elles lui permettent paradoxalement de reprendre le contrôle (au moins sur son corps ou sur la situation) ;
  • quelqu’un qui s’efforce d’être parfait peut sombrer dans l’épuisement : le corps “l’oblige” à s’arrêter, là où la raison refusait de le faire ;
  • un adolescent qui s’isole cherche parfois à préserver le système familial en évitant les conflits.

Ce n’est donc pas le symptôme qu’il faut attaquer, mais la logique qui le soutient.

2. Chercher la “bonne raison” du problème

Dans le modèle de Palo Alto, le thérapeute ne cherche pas la “cause passée” mais la fonction présente :

“À quoi sert le symptôme ? Que tente-t-il de résoudre ?”

C’est un renversement complet : on arrête de se demander pourquoi ça va mal, et on s’intéresse à comment ça fonctionne.

Ainsi, la dépression n’est plus vue comme une simple maladie de l’humeur, mais comme un mode d’adaptation devenu coûteux.
La colère répétitive n’est plus “un trait de caractère”, mais un signal d’impuissance face à une situation vécue comme injuste.
Et l’évitement (typique des phobies ou des TOC) devient une stratégie de protection, certes inefficace à long terme, mais logique à court terme.

Reconnaître cette cohérence, c’est redonner du sens et de la dignité à la souffrance : elle n’est pas absurde, elle est juste mal orientée.

3. Transformer le sens, plutôt que supprimer le symptôme

La thérapie stratégique ne vise pas à comprendre “pourquoi” on souffre, mais à changer les interactions qui entretiennent la souffrance.
Ce changement passe souvent par des expériences paradoxales :

  • demander à la personne de “faire exprès” son symptôme ;
  • amplifier volontairement une réaction ;
  • ou encore modifier subtilement la manière d’agir dans le système relationnel.

Ces interventions ne cherchent pas à “analyser”, mais à désactiver la logique du problème. Quand la fonction du symptôme devient inutile, il disparaît de lui-même.

Souvent, c’est quand la personne cesse de lutter contre sa souffrance qu’un nouvel équilibre devient possible.

Redonner du sens, c’est reprendre du pouvoir

Et si votre souffrance n’était pas un signe de faiblesse, mais un signal de votre système intérieur qui dit :

“Quelque chose ne va plus dans la manière dont je m’adapte.”

Alors le travail thérapeutique consiste à écouter ce signal différemment, à comprendre ce qu’il cherche à maintenir, et à inventer une autre façon d’y répondre.

C’est là que la thérapie brève stratégique prend tout son sens : non pas supprimer ce qui fait mal, mais aider à transformer ce que la souffrance tentait de protéger.

Vous reconnaissez-vous dans cette idée ?
Quand une souffrance persiste malgré tous vos efforts, c’est peut-être qu’elle a encore une fonction dans votre équilibre actuel.
La thérapie systémique et stratégique peut vous aider à en décoder la logique et à retrouver une liberté de mouvement.

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